L’oscillateur sidéral est un instrument qui permet une lecture sonore des cartes stellaires. Pour ce faire, il combine l’organe mobile de l’orgue de barbarie (sous forme de cartes du ciel perforées) avec des circuits d’oscillateurs sonores basiques réagissant à la lumière.

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Musique des sphères ?

L’oscillateur sidéral ne prétend pas être un instrument astronomique à proprement parler mais trouve dans ce domaine sa raison d’être et en utilise de nombreuses références:

  • Les cartes du ciel utilisés sont élaborées à partir d’atlas astronomiques (1) et transcrivent fidèlement la position ainsi que la magnitude des étoiles;
  • Les ondes lumineuses sont filtrées par les cartes perforées et transformées par le circuit en ondes sonores, permettant de faire une sorte d’astrophysique ou de radio-astronomie “maison”;
  • Le système de coordonnées azimutal (2) est traduit en informations sonores: basses fréquences pour les étoiles proches de l’horizon jusqu’au hautes fréquences pour celles hautes dans le ciel;
  • Les senseurs lumineux disposés sur une seule ligne évoquent le principe des lunettes méridiennes des années 1900 (3);
  • L’utilisation du matériau sonore propose des observations “auditives”, une référence ludique au travail scientifique de Wanda Diaz Merced, astronome non-voyante et plus généralement au processus de sonification également utilisé en astronomie.
  • De Pythagore à John Cage, les liens entre musique et astronomie n’ont cessés d’être tissés (4).

Un contrôleur original pour un circuit simple

Le contrôleur de l’oscillateur sidéral n’est autre qu’une réinterprétation des cartons perforés des orgues de barbarie (1). Ici, les perforations ne résultent plus de notes à produire mécaniquement mais retranscrivent littéralement la région du ciel que l’on veut “laisser jouer” par le circuit électronique (2).

Le circuit permettant cette interaction vient du livre “Handmade Electronic Music” de Nicolas Collins (Routledge, 2009, pp. 129-145). Il s’agit d’un oscillateur construit à partir d’une puce Hex Schmitt Trigger qui produit des ondes carrées aux sons saturés. C’est l’usage de photorésistances qui va permettre aux oscillateurs de réagir de façon extrêmement sensible aux moindres variations de luminosité (3) et de transformer ainsi la position et la magnitude des étoiles en informations audibles. De plus, la vitesse de déroulement de même que la distance entre le contrôleur et les photorésistances produiront des textures et des effets sonores différents.

(Pour cet instrument nous utilisons 4 puces pour un total de 24 oscillateurs mais vous pouvez voir une photo de ce circuit plus proche de l’original sur le post dédié au synthétiseur Modellbahn).


Les modèles prévus

Deux modèles d’oscillateur sidéral sont en cours d’élaboration:

  • Le modèle “Circumpolaire” utilise comme contrôleur un disque vinyl dont les perforations représentent les étoiles (et constellations) qui, tournant autour de l’étoile polaire, ne disparaissent jamais sous l’horizon pour un observateur de l’hémisphère nord. L’instrument s’utilise en tournant lentement le disque/contrôleur sur son axe, au-dessus de la ligne des photorésistances. Mais les sons saturés qui lui sont associés permettent également de jouer à la manière d’un DJ faisant du scratch
  • La mécanique du modèle “Ecliptique” se rapproche plus des orgues de barbarie classiques en ce qu’elle utilise une longue bande déroulante perforée. Celle-ci représentera les 12 (+1) constellations du zodiaque (celles qui correspondent au mouvement apparent du soleil le long de l’écliptique tout au long de l’année). L’idée est d’utiliser pour cette variante un circuit produisant des ondes sinusoïdales aux sons plus harmonieux, mais dont le circuit est plus compliqué à réaliser.

A noter que l’idée de cet instrument a été bien accueillie par l’association Ciel d’Occitanie, dont le projet d’observatoire se propose “de faire découvrir l’astronomie à tous publics et inclure les déficients visuels dans cette pratique”. La vocation de l’oscillateur étant clairement ludique, on peut imaginer son utilisation à des fins de divulgation incluant ces publics mais nous sommes également convaincus que cet axe de recherche peut-être d’une grande richesse pour le développement de l’instrument.


Le prototype

Ce premier prototype d’oscillateur sidéral combine les sons du futur modèle “Circumpolaire” avec le principe mécanique du futur modèle “Ecliptique”. Affaire à suivre…

Ordre des sons: le fond diffus cosmologique, les constellations du Grand Chien, d’Orion et du Taureau, le Big Crunch!?

Un grand merci à Ester qui, le jour ou elle a lancé cette idée au détour d’une conversation, ne se doutait pas qu’en naîtrait un jour un “instrument”. Une mention pour le livre de Nicolas Collins, “Handmade Electronic Music” (Routledge, 2009), sans lequel ce projet serait resté au café le jour de la fameuse conversation mais aussi pour l’ouvrage très inspirant et richement documenté de Jean-Philippe Uzan, “L’harmonie secrète de l’univers” (La ville brûle, 2017).

Sélection non exhaustive d’œuvres mettant en relation, de près ou de loin, musique et astronomie:
Edgar Varese, “Ionisation” [info / video]; John Cage, “Atlas Eclipticalis” [info / audio]; Gerard Grisey, “Le noir de l’étoile” [info / vidéo]; The Notwist, “Messier Objects” [info / audio];

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